Gun Machine / Warren Ellis

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« Regardez-moi. Vous avez déterré un appartement bourré de flingues, et chacun de ces flingues va se révéler avoir servi à commettre un meurtre. Vous allez me prendre en charge  l’intégralité du suivi balistique, découvrir comment ces pétards sont arrivés là, identifier le ou les propriétaires et me lui ou leur coller jsuqu’au dernier de ces meurtres sur le dos. Parce que plutôt crever que de laisser cette histoire retomber sur mon dos à moi. ».

Lorsqu’un cinglé à poil fait un carnage dans son immeuble pourri de Manhattan, les agents Tallow et Rosato se doivent d’intervenir. Malheureusement, le gus dégomme Rosato dont la cervelle gicle sur son coéquipier qui, lui descend le meurtrier. Cet échange de tir pourrait être une simple histoire sordide dans la vie de John Tallow mais tout ne passe pas exactement comme prévu. Lors de l’enquête de voisinage, personne ne parvient à contacter l’habitant de l’appartement 3A dont l’un des murs fut transpercé par l’un des tirs. C’est finalement par cet interstice que Tallow parviendra à pénétrer dans l’appartement et y découvrira un arsenal ahurissant. Plus de deux cents flingues tapissent les murs et jonche le sol de l’habitation. Tallow vient, bien malgré lui de mettre le doigt dans un engrenage qui ne lui laissera que peu de répit dans les jours à venir.

Cette belle découverte lui permettra, en moins de vingt-quatre heures, de se mettre à dos sa supérieure, l’entier de la Police Technique et Scientifique de New York et le tueur en série le plus déroutant de l’histoire. Car chacun des flingues retrouvés dans l’appartement a tué et l’agencement complexe signifie beaucoup pour son auteur.

« Il pouvait pas me tuer. Il avait pas le bon feu. Regarde-moi ça.  Tout ça c’est la marque d’un type qui assortit ses armes à ses meurtres selon une logique délirante et compulsive. Il a tué un mec qui dirigeait une boîte de sécurité privée à Rochester avec le pétard qui a commis le premier assassinat de Rochester. On a sa planque. Il s’attendait pas à tomber sur moi par hasard dans la rue. Il avait pas le bon flingue pour me tuer. »

Tallow va donc se retrouver à mener l’enquête de sa vie alors que presque tout le service de police de la Grosse Pomme lui en veut. Vite dépassé par les événements, il devra s’en remettre aux deux seules personnes qui sont forcées de collaborer avec lui, deux agents de la Police Technique et Scientifique aussi cinglé que l’homme qui a précipité cette histoire. Et qui au passage rendent les clones dont on nous rabâche le professionnalisme à longueur de série télé bien fades.

Chez Warren Ellis, les héros n’en sont jamais vraiment et se retrouve bien vite avec des affaires complexes sur les bras qu’ils ne doivent qu’à leur malchance. Ils reçoivent toutefois de l‘aide de personnes que l’on ne pouvait imaginer comme utiles. Ce schéma, déjà à l’œuvre dans Artères souterraines fait encore ces preuves ici. Car s’il demeure connu, le plan narratif fonctionne encore une fois et nous lance dans une enquête haletante et délirante. Warren Ellis excelle dans l’art de monter des situations burlesques que seule son écriture peut rendre crédibles. Il y a chez lui une virtuosité dans l’éloquence qui nous pousse presque à imaginer une sorte de syndrome de la Tourette non pas verbal mais écrit. D’ailleurs l’une des belles trouvailles de ce roman réside dans le flot continu d’ignominies déversé par la radio du central du NYPD lorsque Tallow roule à travers les artères de la ville et qui confère au récit une ambiance apocalyptique et unique.

CouvWarren Ellis
Gun machine
Editions du Masque, 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

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